Démocrite
27 février 2013

Introduction
J’ai, d’emblée, tenté d’évoquer l’immense stature de Démocrite et le prestige dont son œuvre a joui auprès des Anciens : Cicéron, Sénèque, Diogène Laërce et bien d’autres nous parlent d’un colosse, dont l’œuvre, aussi profonde qu’encyclopédique, leur paraît digne d’admiration à l’égal de celle d’Aristote ou de celle de Platon. En me livrant à une étude statistique détaillée, j’ai tâché de faire ressortir combien l’impression que son œuvre a été victime d’un étrange délaissement de la part des critiques (particulièrement entre les années 40 et 80 de ce siècle) se laisse amplement confirmer par les chiffres. — J’ai, enfin, examiné la question relative aux dates de naissance et de mort de ce “Présocratique”, qui disparut, probablement, trente à quarante années après …la condamnation de Socrate (c’est-à-dire en – 366, voire en – 356). Et, sans prétendre l’avoir bien connu, j’ai considéré que Leucippe, quoi qu’ait pu en dire Épicure, a certainement existé ; mais que le peu qui lui est attribué peut fort bien servir d’aliment ou de complément à l’étude de la philosophie démocritéenne.

 

Physique générale
5 mars 2013

Chapitre I
Je rappelle et commente ce passage d’Aristote, dans lequel il nous apprend que les atomistes d’Abdère considéraient que les différences entre composés dépendent de la forme, de l’ordre et de la position des atomes qui les constituent. (§ 1). Cette tentative de réduction de la réalité empirique à ce qu’un critique a appelé une “écriture fine”, n’est pas sans relation avec les efforts déployés par les premiers physiologues ioniens afin de découvrir auquel des quatre éléments se ramène la diversité du sensible ; elle a, quelques temps avant Démocrite, été illustrée, également, par le système d’Anaxagore (§ 2). Du vide, je signale essentiellement qu’il n’est pas la cause, mais la condition sine qua non du mouvement. Mais, d’emblée, je signale, à toutes fins utiles, que la thèse relative à sa réelle existence est surtout fondée sur des arguments empiriques (§ 3). J’essaie de montrer, après cela, que le “hasard”, dans le système de Démocrite, ne peut jamais être qu’un nom, un sobriquet, de l’universelle nécessité. C’est, en effet, l’écran du langage dont se sont servis Aristote et ses sectateurs qui nous fait croire que Démocrite a parlé de phénomènes de hasard là où l’on nous dit qu’il évoquait ce qui advient automatôs, c’est-à-dire spontanément et conformément à la nécessité naturelle (§ 4). Je me demande, enfin, si la pesanteur est ou non inhérente aux atomes, et je penche pour une réponse négative ; ou plutôt, je rejoins la solution proposée par D. O’Brien, selon lequel, ce sont les aristotéliciens qui ont sans doute lié à l’excès cette question avec celle d’un mouvement imprimant nécessairement au corps grave une tendance à se diriger vers le bas (§ 5).

 

Cosmogonie et météorologie
18 mars 2013

Chapitre II
Infinité de l’univers, infinité du nombre des mondes, et mortalité du nôtre, en particulier : ce sont là les trois thèses que j’ai cru devoir rappeler avant d’aborder l’analyse détaillée du témoignage de Diogène Laërce [DK 67 A 1] relatif à la cosmogonie de Leucippe d’Abdère (§ 1). Puis, j’ai passé en revue les explications que Démocrite avait proposées au sujet des principaux phénomènes météorologiques : nature des corps célestes ; lumière apparente de la Lune ; comètes et Voie lactée ; forme, immobilité et inclinaison de la Terre ; tremblements de terre ; origine de la salinité des eaux de mer ; crues saisonnières du Nil ; vents ; tonnerre, foudre, éclair. — À propos de chacun de ces phénomènes, j’ai tâché de confronter les thèses avancées par l’Abdéritain avec celles qu’avaient développées les autres penseurs “présocratiques”. J’estime avoir fait ressortir ici des convergences plus que nombreuses avec Anaxagore, et j’ai cru découvrir quelque obscure raison idéologique dans l’assourdissant silence entretenu autour de ce philosophe dans bien des monographies consacrées à la météorologie démocritéenne (§ 2).

 


Théorie de la connaissance (A)
26 mars 2013
Chapitre III (début)
J’ai étudié la théorie démocritéenne de la perception et diverses questions qu’elle nous pose.
— Y aurait-il eu deux versions de la théorie des simulacres ? Voir, autrement dit, est-ce recevoir, comme ce sera le cas chez Épicure, l’impression visuelle en provenance des objets vus, ou bien l’œil lui-même projette-t-il des rayons au-devant des objets, l’image se formant ainsi au point de rencontre du simulacre et du flux visuel ?) ?
— Comment perçoit-on, selon Démocrite, la taille des différents objets et leur distance par rapport à nous ?
— La perception de couleurs composées nous obligera-t-elle à admettre qu’il existe aussi des atomes de temps ?
— Le goût, sens subjectif par excellence.

 

Théorie de la connaissance (B)
26 mars 2013

Chapitre III (suite et fin)
Pour ce qui concerne la théorie de la connaissance proprement dite, j’ai constaté avec quelle insistance, certains interprètes, outre passant les déclarations pourtant fort explicites de Sextus, ont voulu présenter Démocrite comme un ancêtre des Sceptiques. Je préfère de beaucoup, pour ma part, revenir sur le rôle essentiel que ce philosophe a attribué à l’expérience empirique, dussions-nous parler ici d’une “double approche du réel”, – la connaissance rationnelle, “légitime”, comme dit Démocrite, venant rectifier, ou même, le cas échéant, renverser, les premières informations qui ont été délivrées par la “connaissance bâtarde”, c’est-à-dire qui ont été fournies par les sens.

 

Psychologie
26 avril 2013

Chapitre IV
J’ai tenté d’étudier les Parva naturalia d’Aristote, afin d’y trouver des informations permettant de reconstituer les grandes lignes de la psychologie démocritéenne. L’âme est matérielle. Rôle essentiel tenu dans le mécanisme vital par les sphéroïdes, par les atomes sphériques qui constituent une « sorte de feu ». La vie est ici conçue comme l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. La fonction respiratoire, parce qu’elle est la première pourvoyeuse des atomes sphériques indispensables à la vie, fut considérée par Démocrite comme étant la plus nécessaire à celle-ci (§ 1).
Puis, j’ai étudié ce que Démocrite nous dit de la mort, qui est, selon ses vues, un processus dégressif ; ce qu’il enseigne au sujet du sommeil et des songes, lesquels, comme on s’en doute, sont imputés à l’impact de certaines images sur l’esprit du dormeur ; et ce en quoi il “sauve” certaines superstitions populaires, en les intégrant subtilement à sa théorie générale des images (§ 2).
Le fragment B 32, enfin, compare le coït à une petite apoplexie, voire à une petite épilepsie. Confirmation du rôle décisif que tient l’air dans la psychologie démocritéenne (§ 3).

 

Médecine
13 juillet 2013

Chapitre V
Dans le Chapitre V de mon livre sur Démocrite, j’ai rappelé qu’il est attesté que ce philosophe avait composé des ouvrages médicaux. Puis j’ai recensé quelques rapprochements à demi convaincants qu’on a faits entre certains traités médicaux hippocratiques (Airs, eaux, lieux ; Maladie sacrée, entre autres) et telle ou telle des doctrines démocritéennes (§ 1). J’ai ensuite repris l’étude détaillée des thèses assurément communes, pour le coup, à un groupe de trois traités embryologiques bien connus (Génération, Nature de l’enfant, Maladies IV) et à certains de nos témoignages concernant Démocrite : 1) il existe une semence chez la femme ; 2) le sperme procède du corps tout entier (= “pangenèse”) ; 3) la détermination des autres caractères que présentera l’embryon à la fin de la gestation résulte d’une sorte de joute entre les répliques miniaturisées des caractères provenant de son père et les répliques caractères provenant de sa mère (= “épicratie”) ; etc (§ 2). J’ai tâché de montrer, enfin, que les dites thèses sont, en règle générale, fort originales. Qu’elles ne se confondent que rarement avec les dogmes qu’avaient professés à propos des mêmes sujets les autres philosophes “présocratiques”. Et que la Génération des animaux d’Aristote entend répondre point par point à ces thèses (§ 3).

 

Anthropologie
30 juillet 2013

Chapitre VI
L’anthropologie démocritéenne, que j’étudie dans le chapitre sixième, exclut le mythe de l’âge d’or et rejette toute forme de téléologie. La vie des primitifs fut au début « désordonnée et sauvage » ; et ils vivaient disséminés. Seul le besoin (qui, comme le “hasard”, n’est qu’un autre nom de la nécessité) a pu pousser les hommes à se rassembler puis, peu à peu, à progresser (§ 1). Les arts, c’est-à-dire les techniques, sont d’abord nés de l’observation, puis de l’imitation de la nature ; les conduites instinctives de certains animaux – l’araignée tissant sa toile, l’hirondelle édifiant son nid – furent, à cet égard, particulièrement instructives (§ 2). Pour ce qui est du langage, il serait né, selon Démocrite, « au hasard », autrement dit par convention. Quant au langage très particulier des poètes, il s’expliquerait par l’enthousiasme de certains sujets d’exception, dont l’esprit se laisse plus facilement envahir que celui des individus plus communs, lorsque pénètrent en lui les images divines dont l’air environnant est rempli (§ 3). Il semble bien, à ce propos, que, selon Démocrite, les entités divines ne soient rien en deçà des images divines. Démocrite ne fut, certes, pas un athée, au sens littéral de ce terme. Mais ses dieux ont perdu la plupart des attributs et des fonctions que leur prêtent, traditionnellement, la religion et le mythe (§ 4).

 


Éthique
13 janvier 2014
Chapitre VII
Concernant l’éthique, j’ai, tout d’abord, rappelé que l’authenticité des fragments attribués à Démocrite peut faire l’objet de quelques soupçons légitimes (§ 1). L’euthymie ou « bien-être » paraît, en tous les cas, constituer le concept central de l’éthique démocritéenne (§ 2). Le bonheur est absence de craintes, et il suppose que l’on se respecte soi-même (§ 3). Bien que j’aie cru, précédemment, pouvoir établir de très nombreux points de contact entre la médecine hippocratique et le démocritéisme, je n’ai pas suivi, pour autant, toutes les conclusions de Vlastos : l’au- thenticité des fragments éthiques serait en effet démontrée, selon ce commentateur, par ce simple fait qu’ils mettent en œuvre des termes qui se retrouvent dans le lexique des médecins (§ 4). Sont ensuite abordés, dans l’ordre : le fait que ces « fragments éthiques » font curieusement référence à la « fortune » et à la « liberté » (§ 5) ; les fragments B 276 à 278, qui concernent l’adoption et l’éducation des enfants (§ 6) ; et, enfin, les fragments qui ont trait à la vie politique ou à l’administration de la cité (§ 7).

 

Les légendes autour de Démocrite
13 janvier 2014

Chapitre VIII
En dernier lieu, ce qui fut dit de Démocrite, quand bien même ce serait une erreur, il convenait d’en faire mention, dans un chapitre séparé. Aussi me suis-je penché sur ce Démocrite misanthrope et mélancolique que mettent en scène les Lettres pseudo-hippocratiques. Car ce personnage de fiction, quoique né, très probablement, dans l’imagination de quelque sectateur des Cyniques, n’est pas exempt d’enseignements pour l’étude du Démocrite historique (§ 1). J’énumère ensuite quelques avatars du topos en vertu duquel la comédie et la tragédie de la vie pourraient être représentées par l’opposition convenue des larmes d’Héraclite et du grand ris démocritique (§ 2). Puis, j’ai rapidement fait mention des ouvrages alchimiques du pseudo-Démocrite ; j’ai admis que leur véritable auteur doit bien être l’Égyptien Bolos de Mendès, et j’ai considéré que le Démocrite historique n’a probablement pas même inspiré cette littérature apocryphe (§ 3).

 

Conclusion
11 janvier 2014

En guise de conclusion, j’ai tenté d’esquisser les linéaments de ce que pourrait être une histoire de l’atomisme démocritéen.
J’évoque la persistance d’une tradition très vivace, associant Démocrite et l’héritage de l’hippocratisme. — Les Mottécallemîn. — Sennert, Bérigard, Bruno, Francis Bacon, puis Gassendi et Boyle, Descartes à sa façon, et Diderot à la sienne, ainsi que Newton, Boscovich, Kant dans sa Théorie du Ciel, puis, au XIXe siècle, Marx et Nietzsche : tous reconnaissent explicitement la dette qu’ils ont contractée envers Démocrite et la philosophie des atomes.
Et j’insiste une dernière fois sur l’immense fécondité heuristique de l’atomisme démocritéen, – depuis l’Antiquité jusque dans la physique la plus contemporaine.

Conférences filmées



Élections, piège à cons ?